En ce mois d’août 2026, sont entrés en vigueur quelques articles supplémentaires de l’IA Act, cette réglementation européenne qui impose maintenant aux créateurs la transparence sur les contenus générés par l’IA.
Pourquoi, dans mon expérience de « livre » rédigé par un couple humain-IA, devrais-je me limiter à la version traditionnelle d’un livre, des mots, sur des pages, regroupées dans un ouvrage ? L’intelligence artificielle me permet d’explorer les outils qui proposent d’autres formes de création de contenu. Ce contenu peut, par exemple, être une voix… Les audiolivres sont déjà très écoutés. Ils sont souvent la simple lecture, par une belle voix, d’un livre publié de manière traditionnelle. Mais est-ce obligatoire ? Certainement pas, et un format différent peut être imaginé. Un audiolivre pourrait être un complément ou un produit d’appel du livre écrit. Chaque chapitre pourrait être précédé d’une accroche audio, donnant — je l’espère — envie de lire l’ensemble du chapitre présenté. Il n’y aurait plus le livre d’un côté et le livre audio de l’autre. Mais un véritable contenu multimédia, où chaque support renforce l’autre.
Je me souviens avec émotion du travail que nous avions réalisé en 2009 pour l’audioguide du musée de l’informatique. Patrick Gobert, ami du musée depuis la genèse du projet, a un carnet d’adresses incroyable, en particulier dans le monde du spectacle. Et il était ami avec Bernard-Pierre Donadieu, immense acteur français (Rue barbare, Le retour de Martin Guerre, Agaguk…), à la voix rocailleuse si particulière. Lui-même passionné d’informatique, Bernard-Pierre nous avait fait l’amitié de prêter gracieusement sa voix, et d’enregistrer l’audioguide du musée. Une journée passionnante, dans un studio d’enregistrement parisien, avec cette star du cinéma, si impressionnante et si abordable. Malheureusement, Bernard-Pierre Donadieu nous a quittés quelques mois après cet enregistrement. Pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce qu’en 2026, cette rencontre n’aurait sans doute pas eu lieu.
Car aujourd’hui, la voix ne s’enregistre plus, elle se génère. Dans le cadre de ce projet, j’ai donc décidé de lancer, en parallèle du roman, un podcast. Ce podcast fera raconter par les personnages de l’histoire, leurs aventures, leurs sentiments, leurs perceptions. Qui mieux que la voix de ce même personnage pour incarner ce que l’auteur lui fait porter. Et bien sûr, l’IA est aujourd’hui le générateur parfait de contenus. Pour les contenus audio, il y a de nombreuses solutions, et j’ai choisi Eleven Labs. Équipé d’un générateur de contenus audio (et vidéo, mais je n’ai pas testé), l’outil permet ce que l’on appelle le « text to speech ». Vous entrez votre texte (rédigé par vous-même, par l’IA ou par une collaboration entre les deux), vous choisissez les paramètres de votre voix (ou vous clonez la vôtre à partir de quelques minutes de lecture), et l’outil génère le fichier audio. De nombreuses fonctions permettent de corriger l’intensité, d’ajouter des onomatopées, un accent, d’accélérer ou de ralentir le rythme, etc. En quelques secondes, votre fichier audio est prêt à être diffusé, et cela sans investir dans le moindre matériel d’enregistrement. Le coût ? Quelques euros par mois, pour un outil extrêmement flexible.
La qualité ? Bien sûr, rien à voir avec la voix de Bernard-Pierre Donadieu. Mais en ayant cloné ma propre voix, je trouve que le résultat est à 95 % correct. C’est-à-dire qu’il est imparfait dans quelques intonations, mais que le gain de temps est tellement important que cela justifie de se poser la question. L’auditeur percevra-t-il la différence ? Où mon écriture du texte permettra-t-elle de gommer la perception d’une génération automatique.
Tout comme en musique, il reste des audiophiles sensibles à la différence entre un disque vinyle et un CD. Mais la majorité des auditeurs en sont incapables.
Je me pose tout de même plusieurs questions, dans le cadre de ce projet de recherche :
— Quel avenir pour les « voix », les professionnels du doublage, de la voix off, pour les studios d’enregistrement, les fabricants de micro, etc ? Le marché haut de gamme qui subsistera ne suffira pas à faire vivre tout le monde.
— Je mentionnais l’IA Act qui impose de « marquer » les contenus générés par l’IA. Techniquement, le fichier audio généré par Eleven Labs devrait en faire partie, même si le texte a été rédigé par un humain. Si ce marquage était inclus dans le fichier audio, cela disqualifierait-il podcasts et audiolivres de certaines plates-formes ?