Et en 2026, la technologie qualifiée de nouvelle, c’est l’intelligence artificielle générative (que nous appellerons IA pour simplifier par la suite). Un système mathématique qui produit du contenu fort ressemblant à ce qu’un humain seul savait produire jusqu’alors : du texte rédigé, stylisé, quasiment exempt de fautes d’orthographe et de grammaire. Une formidable machine qui n’a aucune idée, mais saurait réécrire la Bible en espagnol en copiant le style de Émile Zola.
L’idée reste humaine, car la machine ne sait que ce qu’elle a appris, sans capacité à inventer. La réalisation peut en revanche être confiée à la machine. La validation et la responsabilité restent également entre les mains de l’humain. La lecture aussi… quoique… nous en reparlerons…
Quel est le rôle d’un auteur ? Imaginer, puis formaliser une idée ? Structurer et organiser une histoire ? En rédiger chaque page ? Mettre en page le document ? L’imprimer ? Le publier ? Le diffuser ? Le promouvoir ?
Métier à géométrie variable, les frontières des rôles de l’auteur ont beaucoup bougé depuis l’invention de l’imprimerie. De l’écriture à la machine à écrire puis au traitement de texte, du passage sous les Fourches Caudines d’une grande maison d’édition à l’auto-édition sur le site d’Amazon, le métier d’auteur pourrait demain voir son périmètre de nouveau bouleversé par l’intelligence artificielle.
La genèse de ce livre est d’en explorer les impacts concrets. Or quoi de mieux que se lancer dans l’écriture d’un véritable livre, d’un roman, pour mettre à l’épreuve les apports, les risques, les erreurs et les bénéfices d’une combinaison auteur + IA.
L’objectif de ce blog est d’en narrer les étapes, les progrès et les reculs, afin de documenter cet exercice : écrire un roman d’anticipation en combinant un auteur humain et une machine à rédiger.
Volontairement, j’ai rejeté l’idée d’un livre intégralement écrit par l’IA ; c’est techniquement possible et certains s’y sont certainement déjà essayés. Pas forcément en toute transparence d’ailleurs. L’idée est plutôt ici de redéfinir cette collaboration. Tout comme l’écrivain a appris à passer de l’encre à la machine à écrire, puis au traitement de texte, il dispose maintenant d’un nouvel outil. Un outil, rien de plus, comme un couteau de cuisinier, capable de faire des miracles s’il est bien utilisé, et dangereux pour celui qui ne dispose pas des compétences nécessaires.
Comment imaginer cette collaboration ?
J’ai la prétention de penser avoir quelques idées sur le sujet de mon roman. Et surtout, je souhaite décider de quoi ce roman va être le témoin anticipé. Ce n’est donc pas une IA qui décidera pour moi du sujet, de l’histoire, des lieux, des personnages. C’est donc à moi de formaliser dans ce que l’on appelle techniquement un « contexte », le cadre de mon roman. Ce que l’on appelle fréquemment dans le monde de l’écriture, la « bible » d’un projet.
Puis je devrai construire mon scénario. Et je souhaite en conserver la maîtrise. Ce n’est pas l’IA qui décidera pour moi du destin de mes personnages, des différents actes et de la chute finale. C’est donc un sommaire détaillé que je préparerai.
Mais je tenterai de confier la rédaction de chaque chapitre à une IA générative. Comment lui transmettre mes idées ? C’est ce que l’on appelle un « prompt » ou « instruction générative » pour parler français. C’est évidemment l’auteur qui rédigera ses prompts, puisqu’ils synthétisent ses instructions de rédaction. Nous verrons alors ce que l’IA nous propose.
Chaque texte rédigé par l’IA sera bien entendu relu, affiné ; les transitions entre chapitres seront fluidifiées par l’auteur, qui vérifiera la cohérence globale entre le contenu rédigé et l’histoire dont il conserve le contrôle.
Cela va-t-il fonctionner ? L’outil, bien utilisé, peut-il remplacer la rédaction humaine ? Je n’en ai aucune idée pour l’instant. C’est bien l’objectif de ce projet de recherche, tester sa faisabilité en conditions réelles.
Ce premier billet a été intégralement écrit à la main, sans IA, mais avec évidemment l’appui d’un logiciel de traitement de texte ; ce ne sera peut-être pas le cas des prochains (pour l’IA, pas pour le traitement de texte). Mais je m’engage ici à la transparence, si IA il y a, crédit lui sera toujours donné. Question de respect pour le lecteur et de transparence dans la documentation de ce projet.
Sources :