C’est sans doute la meilleure comparaison qui puisse être faite. En lisant, en écoutant, nous apprenons, nous ajoutons des connaissances à notre cerveau. La « magie » est que ses connaissances sont automatiquement reliées les unes aux autres. Elles constituent dans notre cerveau ce que l’on appelle un graphe de connaissances. Et c’est ce graphe qui se met en mouvement quand nous réfléchissons. Nous « connectons les points » entre eux. C’est ce que l’on appelle une idée. Il me semble que le cerveau humain fonctionne exactement comme la machine… ou l’inverse. L’objectif est de nourrir la machine de connaissances, sélectionnées par rapport à l’objectif que l’on se fixe. Ces connaissances sont triées, étiquetées, organisées, un peu comme un professeur vous enseigne un domaine de manière organisée. Il a fait le tri, et préparé son cours. Le rôle de la machine (le cerveau) est ensuite de les digérer, de les relier entre elles dans ce fameux graphe, et par la suite d’en déduire des choses. Mais n’allons pas trop vite. Sans connaissance, aucune déduction n’est possible. C’est la première étape. L’IA n’est pas intelligente, elle apprend de ses données d’entraînement!

Lire, annoter, et transcrire pour enseigner au cerveau artificiel

Parmi les données à compiler, des livres ou plutôt des extraits de livres. Romans, essais, recherches… le contenu disponible est volumineux. Mais comment sélectionner ce que l’on souhaite conserver, mémoriser, et par la suite utiliser ? Prenons l’exemple d’un livre dont je viens d’achever la lecture : Les armes de la lumière, de Ken Follett. L’action se déroule en Angleterre, entre 1792 et 1824. Nous vivons les débuts de la révolution industrielle, et la guerre entre Napoléon Bonaparte et le reste de l’Europe, dont l’Angleterre. Ce sont 785 pages d’action et d’informations. Les histoires humaines s’entremêlent, toujours replacées dans un contexte historique. On y croise les premiers métiers à tisser - la spinning jenny - puis la puissance hydraulique, par la suite remplacée par la machine à vapeur; les premières cartes perforées de métiers de Jacquard; mais également une réflexion sociologique sur l’impact de ce progrès sur le monde du travail; les syndicats, les relations entre maîtres et travailleurs, la politique, et beaucoup de thèmes qui nourriront mon roman d’anticipation, lui permettant de s’appuyer sur des fondations historiques. Mais il n’y a pas 785 pages de contenu à reprendre dans ma base de connaissances. La solution de facilité serait de ne pas lire le livre, de le scanner, et de faire digérer par le cerveau électronique l’ensemble des 785 pages. S’y mélangeraient les histoires des personnages, de la religion, des combats, des intrigues, et quelques éléments sur la révolution industrielle. Mais surtout, en ne contrôlant pas l’alimentation du graphe, je ne dirige pas le savoir sur lequel je souhaite qu’il capitalise. C’est ici que l’Homme et la machine collaborent. La machine ne remplace pas l’Homme, elle l’augmente; mais il reste maître de la direction à prendre.

Première étape donc, la lecture; armé du fameux surligneur jaune. L’objectif est de surligner les passages que je souhaite introduire dans le cerveau artificiel, celui qui entrainera la future IA. Une fois la lecture terminée, il faut assurer l’interface. Si vous avez lu mon billet précédent où l’on parle de YAML, de Markdown, et de format OKF, vous faites ici le lien. Je dois apprendre à la machine. Dans le futur, des technologies accessibles permettront sans doute d’automatiser la tâche : scanner le livre, repérer les passages surlignés et créer le fichier Markdown en respectant le bon format. Mais à mon niveau, en 2026, le processus est manuel. Je dois donc reprendre chaque page surlignée (des dizaines d’extraits répartis dans l’ensemble du livre), et recopier le contenu concerné en le mettant en forme en Markdown. Ainsi, j’obtiens pour chaque livre un fichier, contenant les citations, des métadonnées, un peu d’organisation par chapitre… tout ce qui me semble intéressant d’apprendre à mon IA.

Une démarche finalement copiée sur le fonctionnement humain

Le parallèle avec l’apprentissage humain est permanent. Un Homme, dans sa jeunesse, apprend à partir de ce que lui enseignent ses parents, ses professeurs, ses amis, et il apprend par lui-même à partir de ses expériences. Le cerveau artificiel ne peut pas créer d’expérience personnelle, mais il peut apprendre, étape par étape, à partir de ce que l’Humain lui enseigne. Les formats normalisés sont un langage, avec son vocabulaire et sa grammaire. Le graphe de connaissances formalise la connexion entre les points. Par la suite viendra son exploitation, mais il reste beaucoup de travail : créer en quelques semaines une base de connaissances qui prendrait des décennies à créer dans un cerveau humain !